Publié le 05/06/2008 N°1864 Le Point
Ihsane El Kadi (à Alger)
Trois jours d'émeutes d'une violence inouïe ont ravagé les grandes artères d'Oran, deuxième ville d'Algérie : sièges de banques, grands magasins, administrations publiques, abris d'autobus, cabines téléphoniques et même un collège. La police, totalement débordée, n'a sauvé du désastre que les bâtiments stratégiques. Bilan : 120 arrestations, plus de 300 blessés. Raison de cette furie : un match de football. La ville s'est embrasée le 26 mai quand des milliers de supporters du Mouloudia d'Oran, seul club à avoir toujours évolué en première division de football depuis l'indépendance, sont sortis furieux d'un match qui a provoqué la relégation de leur équipe. Mais le sport est-il la seule explication à cette explosion de colère ? « Le football est un prétexte. Les jeunes de toute la ville, même ceux des quartiers du club rival, ont rejoint les émeutiers dès le premier soir. Allez voir à Sid El Houari comment ils vivent et vous comprendrez », commente Walid, cadre commercial. Début mai, c'est la ville de Chlef, grand pôle à mi-chemin entre Alger et Oran, qui connaissait des violences urbaines de grande amplitude : les sinistrés du séisme de 1980 en avaient marre de vivre encore dans des habitations provisoires. Les obsèques de candidats à l'immigration clandestine repêchés noyés ont provoqué le même genre de phénomène à Tiaret (ouest), quelques jours auparavant. La campagne pour un troisième mandat du président Boute-flika en 2009 est, du coup, passée au second plan.
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